Grand ou petit ? Lent ou rapide ? Doux ou piquant ? Les contraires font partie de ces premières notions que les enfants rencontrent bien avant de savoir les nommer. Ils comprennent qu'un objet est plus gros qu'un autre, qu'un animal court plus vite que son voisin ou qu'une matière peut être agréable à toucher tandis qu'une autre ne l'est pas du tout.
Avec Je découvre les contraires, Géraldine Cosneau propose de mettre des mots sur ces différences à travers un imagier animalier. Mais la particularité de ce livre tient à son format : il ne se feuillette pas seulement, il se déplie.
Nous avons ici un leporello, autrement dit un livre accordéon, dont les pages cartonnées se déploient pour former une longue frise de plus d'un mètre. Les animaux apparaissent par duos, au recto comme au verso, et permettent de découvrir différentes oppositions.
C'est un choix éditorial intéressant pour un livre destiné aux jeunes enfants. Habituellement, on découvre une image, puis une autre, en tournant les pages. Avec un accordéon, les illustrations peuvent rester visibles les unes à côté des autres. On peut comparer, revenir en arrière du regard, rapprocher deux animaux et parcourir l'ensemble de la composition.
Le format ne sert donc pas seulement à rendre le livre original : il accompagne directement ce que l'enfant est invité à comprendre.
Car apprendre les contraires, ce n'est pas simplement mémoriser des couples de mots. C'est commencer à organiser le monde en établissant des relations entre les choses. Un animal n'est pas grand dans l'absolu : il peut être grand par rapport à l'un et petit par rapport à un autre. Une vitesse, une taille ou une texture prennent leur sens lorsqu'on les compare.
L'utilisation des animaux rend cet apprentissage immédiatement accessible. Les enfants ont souvent déjà rencontré certains d'entre eux dans leurs livres, leurs jeux ou leurs promenades. Ces figures familières leur permettent de se concentrer sur les caractéristiques présentées et d'associer plus facilement une image à un mot.
Le livre peut aussi se découvrir de plusieurs façons. On peut le regarder page après page, le déplier entièrement au sol, le poser sur une table ou le faire tenir en accordéon pour que l'enfant en explore les deux faces. Chaque disposition modifie un peu l'expérience de lecture.
Et c'est précisément ce que j'apprécie dans ce type d'ouvrage : le livre devient un objet que l'on manipule, que l'on installe et autour duquel on peut circuler. Il ne se limite plus à une succession de pages. Il invite à prendre le temps de regarder et à revenir sur les images.
Un enfant pourra commencer par reconnaître les animaux, puis apprendre à les comparer, avant de réutiliser les mêmes mots dans son quotidien. Le livre peut ainsi accompagner plusieurs étapes de l'acquisition du langage, sans imposer une progression rigide.
Un imagier qui exploite intelligemment les possibilités du livre accordéon et qui fait de la comparaison un véritable jeu d'observation, de manipulation et de langage.
Découverte du vocabulaire
Observation et comparaison
Ce qu'on aime
Le format accordéon de plus d'un
mètre, qui permet de découvrir
les animaux côte à côte et de
visualiser les oppositions.
Un dispositif simple, mais
particulièrement cohérent
avec le sujet du livre.
Pour les professionnels
Un support intéressant en
petite enfance pour travailler
le vocabulaire descriptif.
On peut déplier le livre au sol,
nommer les animaux, comparer
leurs caractéristiques puis
rechercher des contraires
dans l'environnement quotidien.
Notre conseil de lecture
Ne cherchez pas à présenter
tous les contraires d'un seul coup.
Laissez l'enfant observer
quelques animaux, décrire ce
qu'il remarque et manipuler
le livre. Les mots viendront
progressivement enrichir
ses observations.